Accueil Date de création : 17/03/07 Dernière mise à jour : 07/05/12 01:06 / 193 articles publiés

Il y a des soirs comme ça  (des textes comme ça) posté le lundi 07 mai 2012 01:06

Voir leurs mines mitées déconfites

Mine de rien avoir la frite!

Après tant d'années dans le noir

Hurler tout son soûl dans le soir

Voir leurs mines hilares, réjouies

Sous l'oeil d'caméras éblouies

Toute foule, tout cortège sont suspects

Savoir être un brin circonspect

Voir deux complices s'essouffler

Sur trois bougies vite étouffées

Ne pas savoir encore qu'il n'est

Pas si mal de naitre un 6 mai

Boire du ptit lait et du Champagne

La coupe aux lèvres douce compagne

Savoir qu'demain, pour une fois

On n'aura pas la gueule de bois!!

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Annie aime les sucettes (entre autres...)  (Les pastiches pour de rire) posté le jeudi 26 avril 2012 01:49


Je sentais bien que vous aviez besoin d'un peu de poésie. Il suffisait de demander! Si j'ai honte? Point du tout! Pire, ça m'amuse...

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La bille sur la bande  (Les pastiches pour de rire) posté le samedi 21 avril 2012 14:29


Ca commence un peu comme la chanson de Renan Luce (en moins bien!). Ensuite les paroles prennent une direction un brin différente...

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Entre l'amour et l'amitié  (Les chansons des autres) posté le jeudi 19 avril 2012 22:14


Je sens bien que mes fausses notes et ma voix de casserole qui a forcé sur les gauloises sans filtres vous a manqué: vous êtes masos ou quoi?

Pour commencer, une petite reprise d'une grande chanson de Tachan

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Colombine  (des textes comme ça) posté le mardi 17 avril 2012 23:11

 En guise de nouvelle, une petite nouvelle au titre beaucoup plus poétique que son contenu... Bon, tout ça manque un peu de musique, ça devrait venir un de ces quatre.   

                                                                COLOMBINE

Jean-Ernest Pulanusse se leva ce matin-là, la tête dans son patronyme, le dos raide, victime d’un nocturne priapisme spinal. Il prit son café comme on prend le train de 6h13 : endormi. Au quatrième bol de jus noir sur-caféiné, plus serré qu’une côte de maille, sa paupière gauche s’entrouvrit à moitié, la droite, plus rétive, attendit le cinquième pour se manifester. Réveillé, certes, il l’était, mais son estomac s’en trouvait lester de quelques litres de liquide chaud et âpre, rendant sa démarche pour le moins pataude et inconfortable. Il passa ainsi une bonne partie de sa matinée dans son bureau (comme aurait dit Fonzie au siècle dernier): au-dessus des sanisettes ! Mais avant cela, après être parvenu à déplier son corps trop grand de vieux pantin fatigué, il s’habilla (pour sortir dans la rue, c’est quand même ce qu’il se fait de mieux de nos jours, surtout par moins dix degrés à l’ombre en plein soleil). Le slip, les chaussettes. Bien sûr, le téléphone sonna. Il traversa le couloir en trois foulées essoufflées de sprinteur en Dim. Bien sûr, personne au bout du fil, enfin au bout du « pas fil », son téléphone étant un tout petit peu plus jeune que Mathusalem. Il revint vers la salle de bain du pas alerte du mangeur de choucroute. Sur l’étendoir, près du radiateur, trônait un slip. Il l’enfila machinalement, en mode pilotage automatique, comme on conduit sa bagnole au petit matin brumeux sur le chemin du turbin. Son geste s’arrêta du côté des genoux. Oui, deux slips, cela en aurait fait deux de trop pour un nudiste : esthétiquement, la double couche était discutable, confortablement, elle était exclue ; seul les frimas (dont je vous parlais pas plus tard que plus haut) de ce début de janvier rigoureux eût pu la justifier. Son visage sévère taillé à la serpe dans un bloc de granit s’adoucit un peu, les angles s’en arrondirent. Et il sourit, tel un pont jeté entre ses deux oreilles légèrement décollées. Seul devant sa glace qui le contemplait, goguenarde. Et il rit. De ce rire frais et clair, tendre et gai, fort et qui semble ne jamais s’arrêter, de ce rire qui rappelait qu’il était un ancien bébé qui se fendait la poire sans jamais se lasser à la vue d’un papi se cachant derrière sa serviette de table. Il accéléra ensuite un peu le mouvement. Sans cette accélération, la fin de sa toilette aurait correspondu avec son heure de coucher : autant s’habiller en pyjama…Au moment de fermer le dernier bouton de son pantalon, comme pour lui souhaiter « bonne journée et à ce soir », il jeta un dernier regard à son slip (enfin, celui qu’il avait finalement conservé…), se rendant alors compte qu’en plus, il avait dagoberisé : il était à l’envers. Cela n’eut comme conséquence que de rajouter un peu de joie à son hilarité. Il boucla sa ceinture sur cette inversion qu’il ne corrigea point puisqu’il était le seul au courant, et ce serait bien le diable si l’œil, qui en avait tant fait voir à Caïn, venait fourrer son nez jusqu’en ce lieu reculé. Et merde à tous ces rabat-joie de Saint Eloi qu’il croiserait aujourd’hui. Et des rabat-joie, il en connaissait un paquet. Il connaissait même un des nominés pour la palme d’or des pisse froid. Son supérieur direct, sous-chef au couvre-chef trop étroit, était en effet un champion, un cador, une pointure. D’origine japonaise, il portait l’œil bridé et le doux nom de Robert André Sanduku ? Pour faire plus simple, ses petits camarades de collège l’avaient affublé d'un diminutif à talonnettes: Nicolas. Il en gardait encore aujourd’hui une rancœur rance et rentrée ; elle avait transformé le petit homme insignifiant en un ersatz d’être humain insipide et bilieux, dont la seule satisfaction résidait dans l’humiliation des autres à condition qu’ils ne puissent le lui rendre… A peine Jean Ernest avait-il passé le seuil de son bureau que Robert André y déboulait, sa tête de fouine dégarnie précédant de beaucoup (la faute à ce curieux cou de girafon peut-être conséquence de cette fâcheuse tendance qu’il avait à se pousser du col) son corps rond empaqueté dans un costard dernier cri et ses jambes minuscules ridiculement posées sur une paire de chaussures de cuir dont le bout n’en finissait pas d’imiter le nez de Pinocchio, furie dopée à la dragée Fuca, lui reprochant à hauts cris ses 26 secondes de retard : avec les 32 d’hier, cela faisait beaucoup. Avait-il décidé de couler l’entreprise par ce patient travail de sape ? Etait-il le bras armé d’un puissant concurrent ? Oui, en plus, monsieur Sanduku, avait quelques accointances avec la paranoïa. Histoire d’apaiser l’atmosphère, notre bon Pulanusse, expliqua que la faute en incombait à sa montre « Hara Kiri » (celle où les heures avaient été remplacées par des moments clés de la journée d’un honnête homme : bière, sieste, copulation, pipi…tiens, d’ailleurs, le premier des cinq bols de café commençait à manifester son envie de quitter ce corps qu’il n’avait pas demandé à investir) qui manquait de précision ; et joignant le geste à la parole, son tic-tac sous le nez du sieur Vinaigre, il pointa du doigt la jeune femme de six heures neuf, superbement croquée d’un trait sépia, qui s’Adonis, qui s’adonnait, avec souplesse, à des plaisirs que l’on pratique plus communément et plus aisément à deux. Robert André Sanduku, n’esquissa aucun sourire lorsqu’il tourna les talons avec le teint d’une couleur habituellement propre aux poissons morts depuis plusieurs jours dans les eaux polluées d’un fleuve gourmand d’arrivées d’égouts. Jean Patrick Amédée de la Haute Burne, quinquagénaire brun et bleu pour ce qui est de l’œil et du cheveu (à vous de mettre dans l’ordre : je ne vais pas tout faire non plus !) au visage sympathiquement rond, portait son nom à merveille depuis le jour de ce terrible accident de cheval : la désynchronisation de son corps par rapport à la selle avait fait qu’une de ses deux orphelines s’étaient retrouvée orpheline de l’autre qui était allée se ficher en travers de la gorge du pauvre Jean Patrick Amédée. Depuis lors, il portait moins beau mais n’avait pas perdu cette prestance naturelle, ce je ne sais quoi qui fait que certaines personnes sont écoutées sans même avoir ouvert la bouche. Il n’avait jamais été fasciné par toute la mythologie qui entourait l’appareil reproducteur masculin. Certes, les avoir bien accrochées eût pu lui être d’un certain secours en ce matinal dimanche chevalin. Mais en avoir une grosse paire ? Au mieux cela coûtait plus cher en tissu lors de la confection de sous-vêtements sur mesure… taille XXL. Au pire, cela déformait les slips et rendait la marche claudicante et désagréable. Au mieux il n’y avait pas de quoi s’en vanter, au pire on était un menteur…Vous l’aurez compris, Jean Patrick Amédée, n’était pas dénué d’une certaine finesse, d’un sens de l’humour certain. Il était de plus un inventeur génial, nous le verrons plus tard, patience. Cunégonde Touredezhaube, DRH de son état, fit à son tour irruption dans la pièce, je veux parler du bureau de Jean Ernest Pulanusse, suivi de près par son canidé nippon. Elle avait l’œil bleu et bovin (sans vouloir faire injure à la vache qui rit…), le cheveu blond et la bêtise crasse. Robert André Sanduku, qui avait toujours regretté d’être né trop tard (il se serait bien vu vivre dans les 1942 : sa prose magnifique de corbeau illettré aurait pu s’exprimer pleinement en ses temps bénis de saloperie lâche décomplexée) lui avait fait peu avant son rapport détaillé des évènements de la matinée. Les mines étaient graves, des têtes s’apprêtaient à tomber. Après avoir déversé des tombereaux de reproches tous plus infondés les uns que les autres sur un Jean Ernest Pulanusse placide et interloqué (qui pour rien au monde ne se serait abaisser à leur répondre, à se défendre, d’autant qu’il n’avait pas la répartie facile…), Cunégonde et Robert André, méchanceté dessus, méchanceté dessous, la stupidité en bandoulière, prirent la direction du bureau du PDG de l’entreprise : Jean Patrick Amédée de La Haute Burne. Calé dans son fauteuil dans une position propre à lui seul, souvenir douloureux de ses anciennes mésaventures équines, il les pria de s’asseoir. Ils ouvrirent leur flacon à fiel. Il écoutait, paisible, un petit sourire énigmatique au coin des lèvres. Leur flot de paroles se tarit enfin sur leur conclusion haineuse : « à la porte, le vieux Jean Ernest ». Il inclina la tête. Ils prirent ce geste pour un acquiescement. Ils se trompaient. Il disparut derrière son bureau. Quand il réapparut, il avait en main son invention la plus géniale, magnifique, utile : la kalachnikov à colombins, qu’il surnommait tendrement Colombine. Les balles étaient engageaient dans le chargeur, la sécurité était levée, le bal pouvait s’ouvrir. Et splash, et flich et ploum, Colombine s’en donna à cœur joie. Et un étron entre les deux yeux, et dix litres de matière fécale en guise de shampoing, et un masque de beauté. Robert André esquissa un rictus en guise de protestation, mais aucun son ne sortit de sa bouche entrouverte: une giclée malodorante, refermant et cimentant ses deux lèvres. Cunégonde en resta bouche bée; elle n'aurait pas dû: ce fut la porte d'entrée directe que ne manqua pas de franchir un colombin surdimensionné qui lui titilla les papilles. Et c'est ainsi que leur « pestilencialité » morale fut physiquement illustrée par cette arme magnifiquement vengeresse. Les deux tristes sbires, penauds et relookés ne demandèrent pas leur reste : Jean Patrick Amédée le leur donna tout de même dans un dernier élan de générosité. Il ne les congédia pas. Ils quittèrent le bureau de leur bien-aimé supérieur, aussi médiocres qu'ils y étaient entrés, comme si de rien n'était, drapés dans leur indignité. Il ne leur serait pas venu l'idée de claquer la porte, de démissionner avec fracas après pareille humiliation. Que nenni! Il en va ainsi de ces loups qui se métamorphosent en moutons en changeant d'interlocuteur, en moins de temps qu'il n'en faut pour se faire recouvrir d'excréments, toujours lovés du bon côté du manche. Ils regagnèrent donc, dans l’immense éclat de rire qui secoua tout l’étage pendant presqu’une heure, spongieux et dégoulinants de fragrance d’écurie, leur poste de travail ; ils firent même ce jour-là quelques heures supplémentaires…Et, bons toutous, toute honte bue, lessivés et proprets, ils étaient le lendemain matin, à la première heure, fidèles au rendez-vous, encaissant sans broncher lazzis et quolibets ; tout glissait sur leur peau tannée de lézard lubrifié. Jean Ernest Pulanusse fut licencié le lendemain. En effet Jean Patrick de la Haute Burne était un patron. Et l’auteur de ces médiocres lignes, bourré d’a priori, trouve qu’il en a fait un personnage un peu trop sympathique. Aussi était-il grand temps de lui faire retrouver le droit chemin des gens de son engeance. Et le sieur de la Haute Burne agit en patron, froid, calculateur, cynique. Il mit à la porte notre poète rêveur au crâne chenu et promut à l’échelon supérieur les deux caniches toilettés plus haut : on a toujours besoin de serpillères à portée de ses semelles. Mais Jean Ernest ne partit pas les mains vides : il emporta avec lui, l’air de rien, la géniale invention de son PDG et tout un stock de munitions. Déjà, dans un coin de son occiput, naissaient quelques idées qui lui permettraient de faire bonne usage de la bête. Toute une vie sans faire de vagues, c’est long ! Il entamait sa deuxième vie, et il se voyait bien faire du surf sur un tsunami. Le camion Toupargel montait comme il pouvait la côte blanchie qui menait à la maison perchée au sommet de la colline ; il se dit, un sourire verglacé sur les lèvres, que le voisin eût tout aussi bien pu ouvrir sa fenêtre, tendre le bras et saisir par l’aile l’hirondelle (qui s’était gourée de saison et n’avait pas fait le printemps…) qui avait gelé sur pattes sur le rebord de sa fenêtre : quelques minutes dans le micro-ondes et hop dans le four et il aurait eu son volatile rôti sans avoir besoin du camion-frigo ! Mais le voisin ne le ferait pas, et il ne le savait que trop pertinemment, et son sourire en disparut. Le bahut brûlait du précieux gazole pour rien : le voisin ne lui achèterait rien pour la bonne raison que les macchabés usent assez rarement du chéquier ou de la carte bleue dont ils oublient bien souvent le code. En effet, la veille au matin, gibecière autour du coup, front bas et escarpolette en main, il avait eu la bonne idée de croiser le chemin de son voisin : Jean Ernest Pulanusse. Jean Ernest Pulanusse défenseur depuis toujours de la biche et de l’orphelin, capable de faire du bien à une mouche, amoureux de la nature pas trop modelée par les griffes de l’homme, écologiste pas si fique que ça. Jean Ernest Pulanusse lui-aussi l’arme au point, une arme d’un genre nouveau, aux effets, nous l’avons vu, redoutables. Jean Ernest Pulanusse qui s’était passé en boucle, toute la matinée, le tube de Chantal Goya (pas le tube de gouache, ça c’est son aïeul espagnol…) dans son mange-disque : « ce matin, un lapin a tué un chasseur ». Aussi, la seule vue de son Tartarin de proximité, déclencha-t-elle un irrépressible réflexe pavlovien : en un éclair et quelques, il cala la crosse pas loin de l’épaule, ajusta la hausse, engagea deux étrons dans le barillet et ouvrit le feu sans sommation. C’était son deuxième essai du genre de son existence depuis cette lointaine soirée estivale où il avait dégommé toutes les peluches du stand de tir de la fête foraine de son village, sans parvenir à crever un seul des trois énormes ballons qui tournoyaient dans leur cage. Deux tirs suffirent. Ils furent fatals au trappeur de pacotille. Car Jean Ernest Pulanusse avait négligé un paramètre : la température. Le froid si vif de ce matin de février sibérien avait solidifié les projectiles habituellement flasques jusqu’à les rendre durs comme du fer, rabaissant le flash-ball au rang de jouet d’enfant. Et Pulanusse n’étant pas un tireur d’élite il n’atteint ni le cerveau ni le cœur de sa cible, multipliant ainsi les chances d’atteindre un organe vital. Tel fut le cas. Jean Ernest Pulanusse en fut meurti ; lui n’était pas un assassin dans l’âme, il ne le fut que par accident. Non point qu’il considérât que son voisin de chasseur allait manquer à l’humanité, à son rayonnement, à son développement, et encore moins à l’animalité (cela autorisait des sorties dominicales et forestières moins risquées…), mais il avait, ancré au plus profond de lui, marqué au fer rouge dans ses entrailles, inscrit en lettres phosphorescentes dans ses gênes, que nul n’avait le droit, pour quelle que raison que ce soit, de s’approprier, d’ôter une vie, aussi médiocre, aussi vile fût-elle. Il avait manqué à ses convictions, la blessure resterait là, ouverte à jamais, il ne s’en remettrait pas. Seule l’obsession de tirer le meilleur de l’invention de son ancien patron et de l’utiliser à bon escient contre un nombre incommensurable de nuisibles, le tint debout, l’autorisa à consommer quelques bouffées d’oxygène de plus. Il ne fut cependant jamais inquiété par les autorités. La paire de gendarme qui mena l’enquête, Pinot et Cruchot des temps modernes, classa rapidement l’affaire, incapables d’identifier l’arme du crime. Quant au mobile : il ne serait jamais venu à leur esprit étroit l’idée que « ce brave chasseur » pouvait susciter l’antipathie. Ce macabre évènement poussa Pulanusse à travailler d’arrache pied pour ne plus commettre pareille erreur. De jour en jour, il perfectionna la machine, de jour en jour, elle devint plus puissante, d’une puissance maitrisée, qui ridiculisait sans jamais blesser, si ce n’est l’amour-propre. Jusqu’à ce jour de mars où elle ne fut pas loin de pouvoir prétendre toucher à la perfection. Avant cela, plusieurs tests furent passés avec brio. Elle fit merveille en remplacement des tartes à la crème : un philosophe à la mèche savamment rebelle, après avoir été si souvent entarté, goûta au plaisir de gourmet d’être encolombiné ; ça ne lui allait pas si mal au teint. De tests en tests, elle fit de sacrés dégâts sur le matériel audiovisuel de son propriétaire: à chaque fois qu’apparaissait un journaliste spécialiste de géopolitique et de météo, à chaque fois qu’il interviewait, avec l’air pénétré et entendu de celui qui n’écoute pas mais acquiesce parce que son patron milliardaire l’a embauché pour cela, un expert, formel par essence, qui prévoyait avec brio les évènements du mois dernier et préconisait des remèdes séculaires consistant à laisser le tiers-état des temps modernes se battre pour quelques miettes pendant que les quelques éternels mêmes se sucraient le bec jusqu’au diabète dentaire, Colombine, sans que rien n’eût pu l’en empêcher, s’extirper de son étui, s’auto-chargeait de quelques balloches couleur de jet et devenait furie dans le salon : un tir nourri faisait trembler les cloisons, des lasers striaient la pièce et finissaient leur couche dans la gomina du présentateur du JT. Ce dernier n’en savait rien mais l’écran géant lcd en porterait les stigmates malodorants de longs mois encore. Colombine progressait, s’embonpointisait, les projectiles grossissaient, devenaient obus. La kalachnikov devint bazooka, branché directement sur les égouts de la ville. Un régiment de parachutistes de passage dans la région, ne regretta pas son footing matinal, un dimanche de la mi-mars : ils furent toiletter de frais et maquiller façon fard pégueux de durable façon ; quant à ceux qui arboraient un sourire béat et béant lors de l’assaut fatal, même Harpic et Javel plus ne purent redonner une once de blancheur à leur devanture en émail. Peu à peu, son quartier et les quartiers alentours, se constellaient de brun. Plus aucun habitant n’omettait de sortir sans son pardessus étanche ni son parapluie grand comme un parasol, redoutant le sniper sans reproche qui pouvait leur pourri la journée d’un tir bien ajusté. Un nuage de Tchernobyl aux effluves de ruelles moyenâgeuses semblait stagner sur la ville : la frontière ne l’avait pas arrêté ! Et il ne fleurait pas bon être notaire ou huissier, flic ou gendarme, petit encostumé à la mode, l’oreille greffée à l’ipod, et la main prolongée d’un petit porte-serviette crocodilant de cuir, ou gros patron prétentieux à velours grosse côte et Jaguar ostensible : sortir pour l’un ou l’autre, véritable gageure, relevait du suicide de son immaculation ; c’était, on gagnait à tous les coups à cette loterie dénuée de hasard, l’assurance de recevoir sa double voire sa triple dose de missiles merdeux à tête chercheuse, à tête trouveuse. L’arme était devenue puissante, efficace mais excessivement encombrante. Son joujou atteignait des trésors de technologie, il atteignait sa cible sans jamais faillir, la couvrant, entre autre, de ridicule. Mais Jean Ernest Pulanusse remit encore longtemps l’ouvrage jusqu’à en user le métier, pour parvenir enfin à un résultat, explosif, atomique, ergonomique ! La bombe à neutrons pouvait se rhabiller, l’artisanale Colombine, la kalachnikov à colombins, était devenue une rutilante bombe à étrons. Et comme dans la chanson de Boris Vian, l’important « c’est l’endroit où c’qu’elle tombe ! ». Aussi Jean Ernest Pulanusse pensait terminer sa carrière « d’emmerdeur » en beauté, en coup d’éclat, en feu d’artifice, en cette soirée de mars. Une ville de banlieue plus ou moins rouge, une salle toute de bleue vêtue, quelques milliers de militants marseillaisant en bleu-blanc-rouge, et leur chef, les narines au vent pour mieux le sentir tourner, prononçant un discours tout en pensant au prochain dans lequel il dirait le contraire histoire de contenter tout son monde de gogos. Le lieu rêvé. Idéal. Jean Ernest Pulanusse avait perfectionné son engin jusqu’à le miniaturiser à l’extrême : un véritable concentré d’intestin qui n’attendait que le moment venu pour libérer, tel un deuxième big-bang dans le bling-bling, sa fantastique énergie dévastatrice. Le candidat sortant, pas encore président sorti, commença sa longue harangue. Il ne remarqua pas ce militant transparent qui déposa, l’air de rien, un objet pas plus grand qu’un dé à coudre, au pied du pupitre. Badinguet le petit éructait à la tribune, ses épaules tournaient et retournaient en des mouvements désordonnés de parkinsonien sous amphétamines, ses talonnettes avaient perdu deux tailles à force de sauts répétés et frénétiques. On lui prêtait du charisme, il avait celui du roquet. On disait de lui qu’il avait de la répartie, il avait effectivement celle de la cour d’école, il avait le verbe facile mais mal conjugué ; cela suffisait amplement pour briller sur les plateaux télé. On le prétendait précis, il avait le don de faire oublier l’essentiel, pour pointer le détail. Jean Ernest Pulanusse, arborant un air particulièrement con pour mieux se fondre dans la masse des militants, régla la minuterie puis quitta les lieux, la mine réjouie, l’air dégagé, le pas nonchalant. L’œil torve et la sueur au front, galvanisé par la foule stupide, le tribun de comptoir, le souverain poncif, le maitre es démagogie entama la partie la plus musclée de son discours. Celle où, comme à son habitude, il tapait comme un sourd sur une petite minorité afin de se mettre la majorité dans la poche, plus on est de sourds, plus on rit ! Au milieu d’une phrase qui boitait bas, le silence figea l’assemblée : il venait de percevoir un discret tic-tac, qui le surprit puis l’inquiéta un instant. Un court instant. Car dans la foulée, retentit l’explosion que nous attendons tous patiemment depuis quelques lignes. La giclée formidable, le gigantesque geyser auburn, la rafale sans fin et infernale de balles pas à blanc du tout, bref une atomique explosion de merde ! Il reprit sa phrase à l’endroit exact où il l’avait stoppée, comme si de rien n’était. L’enthousiasme de la foule ne fut en rien douché. Ils étaient dans leur élément, jusqu’au cou, ton sur ton, la déflagration façon bac de décantation, ne leur fit ni chaud ni froid, au contraire elle sembla donner plus de force aux vivas, guano sur lequel poussaient dru les idées nauséabondes. Jean Ernest Pulanusse s’était trompé de cible ; ou de projectiles…Déçu mais pas fou, il ne retourna pas l’arme contre lui mais il remisa pour toujours la géniale invention. On est un certain nombre à la regretter !

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